Risque sanitaire pour les riverains de Mangegarri à Bouc Bel Air lié aux boues rouges d’Alteo

Le Dr Roger Genet, directeur général de l’ANSES conclu dans une note du 4 janvier 2017 qu’il peut exister un risque sanitaire pour les riverains du site de stockage de Mangegarri à Bouc Bel Air lié à l’impact des émissions de poussières de boues rouges d’Alteo.

Ci dessous les conclusions détaillées de la note d’appui scientifique et technique de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation de l’environnement et du travail) du 4 janvier 2017 portant sur l’impact des émissions de poussières de boues rouges d’Alteo, issues du stockage de Mangegarri à Bouc Bel Air.

 

« En premier lieu, l’Anses souligne que la géologie de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur est très variée. Le sol et le sous-sol ont été, voire sont toujours exploités, en raison de ressources minières importantes (lignite, bauxite, substances métalliques), de roches ornementales (marbres), de matériaux pour l’industrie (calcaires, argiles, ocres) et de matériaux pour la construction (concassés, ressources alluvionnaires).

Localement, la commune de Bouc Bel Air se situe au sein du bassin de lignite de Provence qui s’étend sur 70 km entre Saint-Maximin et l’étang de Berre et qui a été exploité dès le milieu du XVème siècle et jusqu’en 2003. Plus éloignées, à l’ouest et à l’est de cette zone sont localisées deux autres zones minières : les districts des Bauxites avec celui des Baux-de-Provence dans les Bouches-du-Rhône (13) et celui de Brignoles dans le Var (83). Enfin, il a existé ou existe encore également localement des exploitations de minerais polymétalliques généralement de petite taille et exploitant des filons ou des lentilles.

De facto, la géologie particulière de la zone d’étude est caractérisée par une richesse naturelle du sol et du sous-sol en minerais variés.

Les investigations conduites par le BRGM (2016a ; 2016b) et l’exploitation des données collectées ne permettent pas de discriminer précisément la contribution spécifique, historique ou actuelle, de l’activité industrielle du site de stockage de Mange-Garri, propriété de la société Alteo. Il semble cependant vraisemblable que la contribution spécifique du site soit actuellement faible en l’état actuel des connaissances disponibles.

Les résultats basés sur les concentrations moyennes de PM10 mesurées lors de la campagne pilotée par le BRGM conduisent à identifier une problématique sanitaire associée aux particules présentes dans l’air ambiant. Cette problématique doit par ailleurs être replacée dans le contexte régional au vu des données d’AirPaca qui mettent en évidence des valeurs supérieures aux concentrations moyennes de PM10 mesurées lors de la campagne. La contribution spécifique de l’exploitation du site de stockage de Mange-Garri est difficile à quantifier. Par ailleurs, les résultats obtenus pourraient être possiblement amplifiés par les données d’une campagne mesurant les niveaux de concentration dans l’air ambiant plus étendues dans le temps, notamment au cours de la période estivale en raison d’une météorologie plus propice aux envols et à la dispersion de particules.

Concernant l’exposition par inhalation des riverains du site, un ERI légèrement supérieur au repère d’acceptabilité le plus protecteur (10-6) pouvant être utilisé, est mis en évidence en lien avec l’arsenic inorganique pour les groupes de population cible adultes résidant en zone 1 (zone située à l’ouest / nord-ouest du site de Mange-Garri).

Concernant l’exposition des riverains liée à l’ingestion de sol et de végétaux autoproduits, sans tenir compte des autres apports alimentaires, l’évaluation conduite amène à considérer que :

1) pour l’arsenic inorganique, les expositions conduisent à des ERI supérieurs au repère d’acceptabilité le plus protecteur (10-6) quelle que soit la zone échantillonnée (secteur ouest, secteur est-sud- est ou zone «bruit de fond ») et quelle que soit la population cible concernée (enfants ou adultes),

2) pour l’aluminium, les expositions conduisent à des quotients de danger supérieurs à 1 pour la cible enfants, quelle que soit la zone considérée (zone 1, 2 ou « bruit de fond »), mais uniquement en considérant un scénario d’exposition majorant s’appuyant sur les données de contamination maximales des sols déterminées après minéralisation totale.

3) pour le plomb, les expositions conduisent à des résultats contradictoires selon les approches méthodologiques et notamment en raison des divergences liées aux valeurs repères toxicologiques retenues. En considérant les valeurs récentes proposées par l’Anses (2013) ou l’EFSA (2010) (correspondant respectivement à des plombémies critiques de 12 et 15 μg/L), les résultats ne permettent pas d’exclure un risque sanitaire.

4) les trois éléments traces métalliques cités ci-dessus présentent des organes cibles ou des systèmes communs en termes d’effets sanitaires dont le système nerveux central et périphérique, le système immunitaire ainsi que la reproduction et le développement pouvant induire un risque cumulé du fait d’expositions concomitantes.

 

Ainsi, les résultats, fondés sur les données issues de l’étude BRGM et intégrées dans une EQRS simplifiée, ne permettent pas d’exclure un risque sanitaire au niveau local. Il n’est pas possible de discriminer la contribution spécifique, historique ou actuelle, de l’exploitation industrielle du site de stockage de Mange-Garri propriété de la société Alteo, et ce au vu du contexte géologique particulier de la région mais également en considérant les autres activités industrielles et les autres sources anthropiques locales. »

 

Le directeur général

Dr Roger Genet

8 Commentaires

  • antigone_2004 dit :

    Comme une tâche de sang, plaie ouverte suintant dans le paysage vert, les particules sanguinolentes entassées depuis tant d’années raillent puissamment notre légèreté à avoir laissé faire …. Aujourd’hui « on sait » … Il n’y a plus d’excuses.

  • BOURY dit :

    Alteo a donc eu besoin de dérogations, que l’État lui a accordées. C’est bien beau de donner des leçons sur la pollution

  • Kannengiesser Daniel dit :

    Certes très intéressant, ce rapport met en évidence certains risques et des risques certains. Mais la vraie question qui se pose alors sur les conclusions détaillées de la note d’appui scientifique et technique de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation de l’environnement et du travail) du 4 janvier 2017 portant sur l’impact des émissions de poussières de boues rouges d’Alteo, issues du stockage de Mangegarri à Bouc Bel Air est alors celle-ci : A QUI est destiné ce rapport ? En effet s’il est simplement considéré comme une note d’information à une quelconque autorité, IL NE SERT A RIEN ! Il faudrait qu’il soit doté d’une force juridique suffisante pour faire infléchir certaines décisions, quelles qu’elles soient et en outre, RENDU PUBLIC pour lancer un vrai débat, scientifique ET citoyen. Sa force probante n’en sera que plus importante et pourra enfin montrer que certains sites de recherches ou centres ou agences nationales ne travaillent pas pour le roi de Prusse !

  • KANNENGIESSER dit :

    l’ANSES n’excluait pas le risque lors de l’étude commandée par la Ministre de l’environnement. L’ANSES ne pouvait se prononcer sur les risques liés aux métaux pour le simple motif qu’aucune donnée n’existait sur les valeurs recommandés. Pour le reste des études basées sur dies connaissances, , le risque n’était PAS EXCLU sur les méfaits pour la SANTÉ humaine et les mesures connues étaient toujours au-delà des limites autorisées. Il suffit de LIRE LES RAPPORTS de l’ANSES, du BRGM, de IFREMER…ET DE NE PAS SE FIER AUX DIRES, ECRITS ET PROMESSES D’ ALTÉO.

  • Peduto dit :

    Est-il possible de déposer contre l’état une plainte avec constitution de parties civiles?
    Ou d’envisager une « class action » contre les responsables de ce désastre.?

  • Renaud dit :

    Au point où en est la situation des dechets d Alumine et des residus de Bases et d Acides,pourquoi ne pas les enfouir dans les endroits d ou ils ont été extrait..?on va bien enfouir des dechets du Nucleaire dans des sous Sols Argileux,vers Bure..! Que le fabricant du Problème traite ces dechets et s en debarasse de maniere correcte,et qu il recherche de maniere scientifique ,a traiter au fond de la fosse marine de Cassidaigne,au abords de Cassis ,dans les Calanques,pour neutraliser,stabiliser ces accumulations de dechets sous marins,mise au point de la methode d intervention et execution du traitement avec des engins adaptés,voir la COMEX et autres Sociétés du monde sous marin..! Avec une obligation de Resultat..! Que l etat,la Société fassent leur travail pour affirmer l Intérêt General..!

  • Manuteafamily dit :

    Commençons par exercer notre droit démocratique de vote pour choisir un président qui respecte la terre nouricière et ses locataires !…

  • Monilari dit :

    Depollution et fermeture du site est la seule solution à imposer à l’état et à l’exploitant.

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